© Restauration de la cathédrale par l'entreprise Vermorel | P.Thébault
Les bâtisseurs du XXIe siècle.Rencontre

Les bâtisseurs du XXIe siècle

Actuellement en restauration, la cathédrale de Rodez est chouchoutée par la société de Dominique Vermorel, tailleur de pierre. On vous amène à sa rencontre, dans ses ateliers, face à l’aéroport de Rodez.

La cathédrale Notre-Dame de Rodez est actuellement en restauration. Ce chantier a débuté par la chapelle du Saint-Sépulcre et se poursuit par le massif occidental. Nous avons rendez-vous en face de l’aéroport dans les ateliers de la société Vermorel, en charge de cette restauration. Ce site est déjà une invitation au voyage, mais surtout aux rêves, ceux de cet adolescent de 15 ans, qui part faire son apprentissage il y a plus de 30 ans dans le compagnonnage pour devenir tailleur de pierre.

Entretien avec Dominique Vermorel.

Qu’est-ce qu’être tailleur de pierre au XXIe
siècle ?

Pour tailler la pierre, il faut en premier lieu savoir équarrir un bloc de pierre brute pour commencer à apprendre le geste, puis réaliser des chanfreins, des moulures tout ce qui se fait par tracés géométriques. La sculpture, c’est le dessin ou le volume. Alors, on sait tailler une pierre pour la remplacer à l’identique et lui offrir une seconde vie, pour des décennies. Être tailleur de pierre aujourd’hui, c’est continuer à faire vivre la matière en utilisant les nouvelles technologies, tout en perpétuant le geste de nos ancêtres. C’est ce second souffle que nous apportons au patrimoine bâti. C’est une retransmission.

Comment avez-vous été formé au métier
de tailleur de pierre ?

Le compagnonnage est à la source de ma formation. J’ai voyagé un peu partout en France et pour différents
édifices. La transmission, chez les Compagnons, permet de pérenniser nos savoir-faire et un certain état d’esprit. Nous travaillons sur un édifice qui peut être immortel s’il est restauré à temps. Notre cohésion est un point essentiel pour être de bons messagers de nos cathédrales.

Quel est le lien que vous avez avec les Compagnons du devoir de Rodez ?

C’est un lien très proche. Je suis arrivé en 1983 pour travailler sur la cathédrale de Rodez. Je devais participer à la restauration de l’hôtel de Lauro (la maison des Compagnons). Ça a été le début de notre aventure humaine. Aujourd’hui, je fais appel à de jeunes apprentis pour travailler dans mon entreprise. J’aime être celui qui anime l’équipe, tout en la laissant libre afin que chacun soit acteur de sa mission. D’ailleurs, à l’atelier, on travaille souvent en musique.

Être tailleur de pierre, c’est donc une histoire d’hommes et de femmes ?

Je travaille avec l’architecte des Bâtiments de France de Rodez, qui est le conservateur de l’édifice, qui en assure son bon fonctionnement et sa sécurité. Toutes les trois semaines, je rencontre l’architecte en Chef qui est le maître d’œuvre et je travaille avec la Direction Régionale des Affaires Culturelles qui est le maître d’ouvrage car l’État est propriétaire de l’édifice. Et, de temps à autre, je rencontre des visiteurs, des touristes, qui se laissent porter par les particularités de cette cathédrale, à commencer par son orientation et l’absence d’entrée sur la façade occidentale. Si je devais les guider depuis l’extérieur, je commencerai par contourner la cathédrale par la place d’Armes, avant de prendre la direction du chevet situé sur la place d’Estaing, puis je les mènerai place Adrien Rozier pour accéder à l’entrée, façade Sud.
J’invite les visiteurs à s’asseoir dans la nef (le chœur actuel) et prendre le temps de ressentir les lieux. La plus belle rencontre est celle que j’ai faite il y a trente ans avec la cathédrale, cette grande dame.

Qu’est-ce qui fait que ce lieu est unique pour vous ?

J’ai découvert Rodez, je ne savais pas où je venais. La ville m’a pris, à mon arrivée. Je n’ai presque pas eu le
choix. D’abord, lorsque j’ai vu ce clocher sur son piton, majestueux, ensuite, quand je cheminais chaque jour,
avec mon chien, entre l’impasse Cambon et la cathédrale. Encore aujourd’hui, je travaille sur plus d’une quinzaine de chantiers en France, avec tout autant de passion, mais je reste fidèle à Rodez, une belle histoire.

Quel pourrait-être le mot de la fin ?

Le « temps ». Nous sommes tous contraints par le temps et participer à la reconstruction d’un édifice, comme celui de la cathédrale de Rodez, c’est travailler un matériau immuable, faire un pacte avec l’éternité.